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2 décembre 2016    

Réflexion sur le PIC de Centraide du Grand Montréal

Par Marie-Chantal Locas, agente d’analyse, de formation et de liaison

 Il y a maintenant un an, Centraide du Grand Montréal dévoilait devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain son Projet impact collectif (PIC). Peu de temps après, le RIOCM publiait un document d’analyse faisant part de nombreuses préoccupations reliées à cette initiative. Un an plus tard, les quartiers financés par le PIC ont été sélectionnés et travaillent à l’élaboration du plan d’action qu’ils soumettront à Centraide.

Plusieurs membres du RIOCM sont situés dans un quartier qui participe au PIC et se posent des questions quant à leur implication dans ce projet. Le texte qui suit remet d’abord en contexte le PIC et propose certaines pistes de réflexion pour les groupes qui se demandent s’ils doivent s’engager ou non dans cette démarche.

Encadré #1 – Quartiers sélectionnés

  • Ahuntsic
  • Bordeaux-Cartierville
  • Centre-Sud
  • Côte-des-Neiges
  • Lachine
  • LaSalle
  • Mercier-Est
  • Mercier-Ouest
  • Ouest-de-l’Île
  • Parc-Extension
  • Peter-McGill
  • Pointe-aux-Trembles (et Montréal-Est)
  • Rosemont
  • Saint-Léonard
  • Saint-Michel
  • Verdun
  • Ville-Émard-Côte-Saint-Paul

Mise en contexte

Rappelons que le PIC est présenté par Centraide comme un « accélérateur de changement » visant à « augmenter l’impact de la mobilisation et à obtenir des résultats mesurables et marquants sur la réduction de la pauvreté dans les quartiers montréalais[1] ». Suite à son annonce en octobre 2015, les quartiers ont été appelés à produire une note d’intention dans un délai de moins de deux mois afin d’être éligibles au financement de leur plan d’action sur une période de 5 ans. Ce court délai a suscité chez plusieurs un sentiment d’urgence qui a été très peu apprécié. Bousculés par un échéancier serré, les groupes ont répondu par l’affirmative de peur de passer à côté de sommes d’argent considérables.

Le PIC est inspiré d’une approche théorique développée aux États-Unis et que Centraide a choisi d’appliquer à Montréal. Selon cette approche, il y a 3 conditions préalables à la mise en œuvre d’un projet à impact collectif. Une d’entre elles est un sentiment d’urgence d’agir qui peut émerger d’une crise ayant convaincu les gens d’adopter une approche entièrement nouvelle, être créé par la venue d’un financement susceptible d’inciter plusieurs acteurs à unir leurs efforts ou encore être le fruit d’une étude soulignant la gravité d’un problème.

Aux États-Unis, l’impact collectif est appliqué de manière sectorielle, notamment pour lutter contre le décrochage scolaire. Au Québec, Centraide applique cette même approche de manière territoriale et intersectorielle. Ainsi, il délaisse ce qu’ils appellent l’impact isolé au profit d’un impact à plus grande échelle. Les promoteurs de l’impact collectif sont convaincus que le seul moyen de cheminer vers la résolution des problèmes complexes et urgents de notre temps est l’adoption de cette approche par tous les acteurs sociaux. Cet enthousiasme effréné pour l’impact collectif s’explique, entre autres, par une désillusion quant à la capacité de l’État de répondre aux défis auxquels fait face la société. Dans cette perspective, le secteur privé devient un acteur incontournable dans la résolution des problèmes sociaux.

L’arrivée du PIC à Montréal s’inscrit à la fois dans une transformation du contexte philanthropique québécois ainsi que dans une approche localisée de la lutte contre la pauvreté. Depuis plusieurs années, Centraide peine à remplir les objectifs fixés lors de sa campagne de financement. Les dons individuels se raréfient, alors ils se tournent vers des fondations privées pour compenser. Avec le PIC, Centraide est allé chercher 20 millions $ qu’elle distribuera sur 5 ans. Pour assurer la poursuite du projet au-delà de cette échéance, Centraide doit être en mesure de prouver aux bailleurs de fonds que leur investissement a porté fruit et réduit la pauvreté dans les quartiers sélectionnés. Pour faire cette démonstration, divers indicateurs de réussite sont énumérés sur son site internet.

Encadré #2 – Indicateurs de réussite

  • Sur les personnes (taux de diplomation des jeunes, participation des parents à l’école, développement du leadership citoyen);
  • Sur les conditions de vie (le développement cohérent d’un réseau complet de sécurité alimentaire, la progression du nombre de logements sociaux, le taux d’incivilité et de criminalité);
  • Sur les processus (le niveau d’engagement des acteurs, l’importance de la participation des citoyens, la qualité des relations et de la dynamique de concertation);
  • Sur le système (qualité de la collaboration entre l’école et la communauté, la mise en place de politiques municipales, l’amélioration du réseau de transport collectif).

Le PIC se situe aussi dans un contexte où l’approche territoriale intégrée (ATI) est privilégiée en matière de lutte contre la pauvreté. Dans les deux plans de lutte à la pauvreté élaborés par le gouvernement québécois, on a vu apparaître une incitation à adopter une approche territoriale et à valoriser la contribution de tous les milieux, notamment le secteur privé et les milieux philanthropique et communautaire. L’ATI a été proposée par le premier plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale en 2004, puis renforcée dans le deuxième en 2010. Un de ses objectifs est de favoriser l’émergence de stratégies locales sur les territoires reconnus comme étant pauvres. Ainsi, cette approche « se caractérise par une concertation des intervenants, une intervention intersectorielle qui place l’amélioration de la situation des membres de la communauté au centre d’une action globale et qui améliore la capacité d’agir tant des collectivités que des individus qui les composent[2] ».

Dans le cadre de l’ATI, les concertations se multiplient pour s’attaquer à des problématiques d’envergure nationale avec des budgets à l’échelle locale. Dans ce contexte, où le nombre de partenaires et de réunions semble être garant d’efficacité, les sommes investies ne peuvent être qu’insuffisantes et les effets tangibles sur le revenu des ménages les plus pauvres plutôt modestes. Les enjeux de lutte contre la pauvreté auxquels sont confrontées les collectivités nécessitent des mesures et des politiques qui vont bien au-delà des appels à la concertation locale.

Pistes de réflexion

Dans les quartiers où le PIC est en cours d’implantation, plusieurs organismes se demandent s’ils doivent intégrer la démarche ou non. Loin de vouloir dicter à ses membres la marche à suivre, le RIOCM propose des pistes de réflexion afin que tous et toutes prennent une décision éclairée.

Dans un premier temps, nous proposons de faire la liste des éléments du PIC qui pourraient aller à l’encontre de votre approche. Nous suggérons ensuite de trouver les points positifs et négatifs de l’implication ou du retrait de votre organisme. Nous conseillons aussi d’élaborer certaines baliser qui pourraient encadre votre participation au PIC, puis de trouver des projets qui pourraient bénéficier d’un financement tout en respectant les limites fixées.

Encadré #3 – Pistes de réflexion

 Identifier les éléments qui contreviennent à votre approche. Par exemple :

  • L’autonomie des groupes n’est pas respectée
  • Imposition de l’approche d’impact collectif qui suppose une manière de travailler en hyper-concertation
  • Localisation de la lutte contre la pauvreté
  • Comment mesurer l’impact?
  • Compétition entre les groupes pour le financement
  • Pérennité des projets qui seront mis en place

Identifier les pour et les contre de votre participation ou de votre retrait. Par exemple :

  • Relation avec Centraide si l’organisme est financé par la fondation
  • Relation avec la table de quartier et les organismes qui y sont
  • Relation avec les groupes du quartier qui ne sont pas dans le PIC
  • Quelles ressources devront être consacrées à la participation au PIC?
  • Quel(s) projet(s) pourrions-nous faire financer?

Identifier des balises qui pourraient faire en sorte que vous pourriez participer. Par exemple :

  • Faire financer un projet déjà existant
  • Ne pas mettre plus de … heures par semaine ou par mois
  • Avoir la possibilité de se retirer à tout moment
  • Pouvoir travailler avec nos partenaires actuels

Identifier des exemples de projets que vous pourriez réaliser dans le cadre du PIC en respectant les balises fixées

  • À vous de voir!


[1] Centraide (2015). Projet Impact collectif, [en ligne] http://www.centraide-mtl.org/fr/organismes/projet-impact-collectif/.

[2] Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (2009). Améliorer la capacité d’agir des collectivités : miser sur un développement local intégré, [en ligne] http://www.cclp.gouv.qc.ca/publications/pdf/cclp_avis_2009_action_locale.pdf.

Conception: Coopérative Molotov