logo




Facebook

4 hours ago

RIOCM
View on Facebook

.

Les annonces de la semaine du RIOCM - 16 mai - https://t.co/D1LjRO995O

Les annonces de la semaine du RIOCM - 9 mai - https://t.co/w28oiSPRRe

Les annonces de la semaine du RIOCM - 2 mai - https://t.co/wJnaverUXt

Load More...

logo
13 mai 2015    

Abolition des forums jeunesse et du Fonds régional d’investissement jeunesse : une perte

Par Bruno Laprade, agent de communication et de liaison

Le 22 avril dernier, le premier ministre annonçait le non-renouvellement du financement des forums jeunesse régionaux du Québec. Cette décision est une perte importante tant sur le plan économique que démocratique pour la jeunesse québécoise et les organismes œuvrant auprès d’eux. En effet, les Forums jeunesse permettaient chaque année l’implication directe de plus de 300 jeunes et indirectement de plusieurs milliers d’autres, leur donnant ainsi une voix institutionnelle pour faire entendre leurs positions sur les divers dossiers de notre société. De plus, par l’entremise du Fonds régional d’investissement jeunesse (FRIJ), ce sont des millions de dollars en subventions qui étaient distribués chaque année pour des projets souvent novateurs.

Historique des forums jeunesse

Les forums jeunesse ont été mis sur pied en 2000 sous un gouvernement péquiste. Ils sont le résultat d’une demande faite aux ancêtres des Conférences régionales des élus (CRÉ) de former des comités-conseils sur les enjeux touchant les jeunes. Leur premier mandat fut d’organiser des consultations régionales en vue du Sommet du Québec et de la jeunesse 2000. C’est ainsi que la plupart des forums jeunesse ont été des comités de leur CRÉ, bien qu’ils se sont tous maintenant enregistrés comme OSBL avec l’abolition de ces dernières.

En 2002, le gouvernement transformait le Fonds Jeunesse Québec en le régionalisant sous l’appellation du FRIJ, outil dont il laissait la gestion aux forums. Le FRIJ fut bonifié à deux reprises, pour atteindre 50 millions sur cinq ans dans la Stratégie action jeunesse 2009-2014. Ce fonds vise à améliorer les conditions de vie des jeunes âgés entre 12 et 35 ans.

Chaque forum est administré par un comité de jeunes de moins de 35 ans habitant sur son territoire et provenant de différents secteurs (éducation, arts et culture, environnement, diversité culturelle, etc.).

Le FRIJ, financement de projets novateurs

Une des particularités du FRIJ était d’être gérée par des jeunes. Ce sont eux qui déterminaient les priorités régionales et qui, au final, analysaient les projets à financer. Même s’il s’agit de financement par projet, à durée limitée, le FRIJ a souvent permis de tester de nouvelles idées et de soutenir des projets qui n’auraient pu trouver leur place dans les programmes de financement traditionnels. Il s’agissait d’un véritable incubateur, même si les fonds disponibles ne pouvaient subvenir à toutes les demandes reçues. Par exemple, le Forum jeunesse de l’Île de Montréal (FJIM) avait un taux d’acceptation des demandes souvent sous le 25 % malgré un budget d’au moins 1 million par année. Malgré tout, pour chaque dollar investi par le FJIM à Montréal, environ 3 $ étaient injectés par les partenaires des projets. Le fonds aura donc joué un véritable rôle de levier structurant dans plusieurs régions.

Avec le dernier budget, le FRIJ est aboli, ou du moins, une partie de ses fonds sont transférés aux Carrefours jeunesse emploi (CJE). Cependant, un flou demeure sur les sommes et les conditions d’utilisation de celles-ci. De même, il est possible que le gouvernement cherche à s’ingérer en imposant des règles de composition aux conseils d’administration des CJE. On resserre ainsi le contrôle sur des instances auparavant libre de décider de leurs orientations et de leurs actions.

Les forums jeunesse, une voix institutionnelle

La nature institutionnelle des forums jeunesse avait ses avantages. D’une part, leurs ancrages avec les CRÉ leur assuraient une bonne visibilité là où peu de jeunes peuvent pénétrer. Par exemple, le FJIM a pu faire élire un représentant au comité exécutif de la CRÉ de Montréal. D’autre part, plusieurs mémoires ont été produits tant sur l’intimidation, sur le schéma directeur d’aménagement et de développement de Montréal, sur l’emploi et l’économie, etc. En montrant des visages d’une jeunesse engagée et positive, proactive et pleine d’idées, le Forum a su prouver qu’il n’y a pas de questions trop complexes, réservées aux experts, et qu’il est possible, si on a la volonté politique, d’impliquer des jeunes de manière significative dans les prises de décision.

Bien sûr, ce modèle a aussi eu ses critiques : lors des consultations du Secrétariat à la jeunesse en vue du renouvellement de sa politique, plusieurs s’étaient offusqués que les forums jeunesse reçoivent l’argent pour assurer la tournée de Léo Bureau-Blouin, au détriment de groupes de base déjà en processus de consultation populaire. De même, le fait d’être un comité d’une CRÉ pouvait parfois empêcher certaines prises de position publiques dans des dossiers plus sensibles, comme la grève étudiante de 2012.

Des projets en péril

La non-reconduction du financement des forums met plusieurs projets en péril. Ainsi, le gouvernement exige que les projets financés se terminent au 31 mars 2016, alors que certains devaient s’étaler au-delà. De même, aucun fonds de fermeture n’a été alloué pour mettre la clé aux bureaux au 30 juin 2015. Il a été demandé aux forums de piger à mains les fonds des FRIJ de l’année précédente, argent déjà promis à de nombreux groupes. De même, alors que les forums préparaient déjà leurs investissements et leurs actions structurantes à soutenir, ce sont divers partenariats qui risquent de tomber. Par exemple, à Montréal, la maison pour jeunes LGBT l’Astérisk, encore en phase de démarrage, voit ses possibilités de survie grandement affectées avec ce retrait prématuré du soutien du FJIM.

Petite lueur d’espoir tout de même pour le Forum jeunesse de l’Île de Montréal. Si les CRÉ ont été abolies, la ville de Montréal considère important de conserver une structure de concertation régionale. Concertation Montréal a donc été mis sur pied, même si avec un budget bien moindre. Cette nouvelle instance compte bien conserver un comité-conseil jeunesse. Ainsi, même sans être doté de son principal levier d’action qu’était le FRIJ, le FJIM continuerait son rôle au sein de la communauté montréalaise.

Communiqué du FJIM : http://www.fjim.org/v3/2204.pdf

Conception: Coopérative Molotov